Balles, gaz lacrymogène et romance au Soudan
8 May 2019
Le long du Nil au crépuscule, une camionnette zigzaguait à toute vitesse au milieu du trafic. Assise à côté du conducteur, la future mariée, en robe rose, avait les pieds enveloppés de bandages. Samar Alnour avait été blessée par balles, le mois dernier, au cours du soulèvement qui a conduit au renversement d'Omar Al-Bachir et elle retournait maintenant sur le lieu de la manifestation pour épouser l'homme qui l'avait sauvée. Celui-ci s'était précipité à son aide alors qu'elle gisait dans la rue, perdant son sang. Comme elle, il s'était joint à la révolte du peuple soudanais. Dans les semaines qui suivirent, ils sont tombés amoureux.
Cette anecdote ouvre le reportage que Declan Walsh consacre, dans le New York Times du 3 mai, à l'extraordinaire changement qui prend place au Soudan depuis plusieurs semaines.
L'exubérance règne à Khartoum, la capitale, où après trente ans sous le joug d'Omar Al-Bachir, les Soudanais découvrent la liberté de pouvoir parler de politique, de faire la fête, et même de trouver l'amour.
La révolution avait commencé le 19 décembre en réaction contre le triplement du prix du pain, un indicateur du délabrement économique du pays.
Comme d'autres dans le passé, ce